Les Fêtes gourmandes de Lanaudière

Comment bien commander sa bière

Par : Geneviève Quessy

Comment bien commander sa bière

La foule qui fréquente les évènements consacrés à la bière change. Il est bien fini le temps où l'on ne croisait que des beer geeks au jargon obscur à la recherche de leurs semblables. Au Mondial, à Bières et Saveurs de Chambly, autant qu'au Festival des bières de Laval ou à l'Oktoberfest de Repentigny, même constat: L'amateur moyen de bières de microbrasserie n'est plus ce qu'il était. Jeunes, très jeunes même, des baby-boomers et beaucoup de familles, la passion s'est démocratisée, est devenu cool et très tendance.

«Il y a 15 ans, on accueillait une poignée de beer geeks et des gens qui venaient profiter d'un évènement local», raconte Naida Saïdani, organisatrice de l'Oktoberfest de Repentigny. «Maintenant le bassin des amateurs de bière s'est élargi. Le public en général est plus éduqué, plus à l'affût de ce qui se passe dans le monde brassicole. Les gens suivent les nouveautés, s'attendent à trouver des exclusivités, différentes de ce qu'ils ont durant l'année dans les épiceries.»

Selon elle, les festivals qui se sont multipliés, mais aussi plus de magasins spécialisés et plus de chroniques dans les médias participent à mousser cet intérêt de la population. «La passion des brasseurs est entrée dans les maisons. Ce n'est plus rare de voir quelqu'un débarquer dans un souper de famille avec une sélection de bières de microbrasseries. Ce qui fait que le «mononcle» qui buvait juste de la Bud va peut-être y goûter!»

Plus crédible les bières de microbrasseries? «La qualité est au rendez-vous, la diversité aussi, ce qui fait qu'il y en a pour tous les goûts. Maintenant, monsieur et madame Tout-le-monde s'y intéressent. On peut dire que la bière de microbrasserie se démocratise,» résume Nadia Saidani.

Une blanche, ce n'est pas toujours une blanche

Cette diversification de la clientèle oblige les tenanciers des kiosques à s'adapter, car leurs clients cherchent parfois leurs mots quand il s'agit de commander. «Qu'est-ce que t'as comme «bière normale», revient plutôt souvent. Ou encore, «donne moi une bière blonde.» Comment aider l'ours amateur de bière moyen à mieux commander sa bière?

Martin Thibault, expert en bières donnait des ateliers dans le cadre du festival Bières et Saveurs de Chambly, afin d'aider le public à développer d'avantage de vocabulaire. Il pense qu'il est temps que les amateurs cessent de qualifier les bières selon leurs couleurs et parlent plutôt de texture, d'arômes et de saveurs.

«Ça aiderait les tenanciers à vous suggérer des bières qui vous plairont vraiment, car la couleur, ça ne veut rien dire du point de vue du goût. C'est comme si on jugeait quelqu'un sur la couleur de sa chemise, ça ne veut rien dire sur la personne,» dit Martin Thibault.

Prenant pour exemple la bière blanche, il décrit les multiples déclinaisons de cette catégorie qui, au final, n'en est pas une. «Au Québec, quand on parle de bière blanche, on pense à la Blanche de Chambly, inspirée de la tradition belge, aromatisée à l'orange et à la coriandre. Pourtant si on commande une «blanche» en pensant à ça, on peut être surpris de ce qu'on va recevoir. Il y a des blanches de style allemand, qui sentent la banane et le clou de girofle, d'autres de style Berliner Weisse au goût d'agrumes, mais aussi celles de type Sour Ale, très acidulées.»

Auteur du livre «Les Saveurs gastronomiques de la bière», Martin Thibault a voyagé dans de nombreux pays et découvert toutes sortes de façons de brasser. «Dans les iles de l'Estonie, ils font une bière de couleur blanche qui sent le sapin et le genièvre. J'ai aussi bu des bières blanches fermières du Bouthan bouddhiste, très protéinées et acidulées.» Il cite également la chicha de Bolivie, faite à partir de maïs blanc. «Une bière de couleur blanche peut être barriquée, épicée, très houblonnée, ce qui donne des goûts très différents.»

Si les bières blanches comportent souvent une part importante de blé dans leur fabrication, ce n'est pas toujours le cas. «Quand on remplace une partie de l'orge par du blé, ça donne une texture plus légère, mais ce n'est pas toutes les bières blanches qui sont faites à partir de blé.»

Pourtant, pour les bavarois, une bière blanche serait une bière de blé! «Mais elle peut être blonde ou rousse!» dit Martin Thibault, qui précise encore que les blondes, rousses ou noires, ne sont pas non plus des catégories fiables.

Savoir ce qu'on aime

Paul-André Mailhot, conseiller en bière, tenait le kiosque du Bièrologue à la dernière Cuvée.
«Aiment-ils l'amertume, le salé, le surette, la banane ou l'orange, le café, le sucré, l'effervescence? Ce sont des questions que je pose à mes clients.»

Il aime emmener ses clients plus loin, les sortir de leur zone de confort. «Si quelqu'un cherche une blonde dans le style Bud ou Labatt, je vais lui proposer une pilsner de microbrasserie, céréalière, très limpide. Ensuite aime-t-il quand le goût est plus ou moins amer? S'il aime l'amertume, je vais lui suggérer une Indian Pale Lager, plus houblonnée, et on est déjà rendu ailleurs.»

Le goût, l'arôme, la texture, mais il n'y a pas que ça. «La bière, c'est émotionnel. Parfois les gens cherchent une ambiance, comme lorsqu'ils me commandent une «bière de plage». Ou encore ils veulent une bière qui provient d'une région en particulier, comme celui qui veut une bière brassée aux Iles-de-la-Madeleine pour se rappeler de son voyage ou offrir en cadeau.»

Finalement, il semble qu'il y ait mille et une façons de commander une bière! «Les vins ont leurs cépages et les bières leurs houblons. Les fabricants commencent à écrire quels houblons ils emploient pour aromatiser ou amériser leurs bières. Ça va aider les clients à repérer ce qu'ils aiment.»

Justement, comment développer son vocabulaire quand les étiquettes de bières sont plutôt chiches en renseignement? «C'est pour ça qu'on est là pour vous conseiller», dit Paul-André Mailhot. «Il ne faut pas hésiter à demander des conseils, à essayer des choses nouvelles. C'est comme ça qu'on découvre des bières qu'on aime.»